Actualités thérapeutiques dans la prise en charge du patient en syndrome métabolique et non diabétique
F. Hamrour, R. Guermaz, A. Tebaibia
LES OBJECTIFS
• Savoir que le changement du mode de vie, demeure le pivot de la prise en charge du patient en SM, basé essentiellement sur les mesures hygiéno-diététiques.
• Retenir que la prise en charge doit être personnalisée, du fait de l’hétérogénéité de ce syndrome et la multiplicité des facteurs environnementaux.
• Savoir traiter les différents composants du SM.
Le syndrome métabolique (SM) associe un désordre métabolique et hémodynamique
à l’origine du risque de développer un diabète de type 2 (DT2), une
hypertension artérielle (HTA), une maladie rénale chronique (MRC) réputés
pour être à l’origine des maladies cardiovasculaires (MCV).
Le patient en SM est à haut risque cardio-vasculaire (RCV) et rénal et sa prise
en charge relève d’emblée d’un traitement intensif de chaque composant.
1. MESURES HYGIÉNO-DIÉTÉTIQUES
Il est bien établi que le SM survient principalement sur un terrain de susceptibilité génétique. Néanmoins, certains facteurs favorisent son apparition tel que l’obésité abdominale (OA), la sédentarité et l’alimentation hyper énergétique, diabétogène et athérogène(1). La lutte contre l’ensemble de ces facteurs favorisants repose sur le trépied : perte pondérale, activité physique et alimentation hypocalorique.
1.1. RÉDUIRE LA SURCHARGE PONDÉRALE
La perte pondérale est indispensable dans la stratégie thérapeutique du
patient en SM. Elle est basée sur la diminution de la masse grasse et plus
particulièrement l’obésité viscérale.
Un amaigrissement de 10% du poids initial réduit de 25 à 30% la quantité de
la masse grasse périviscérale(2). Aussi, il a été démontré qu’une réduction du
poids et du périmètre abdominal améliore sensiblement l’ensemble des
anomalies qui caractérisent le SM.
Une diminution de 5 à 10 % du poids diminue la pression artérielle, réduit les
triglycérides (TG)plasmatiques en augmentant parallèlement le taux de high
density lipoprotein cholesterol(HDLc)(1).
La réduction pondérale permet également une diminution de 58% du risque
de développer un DT2(4).
1.2. AMÉLIORER LA QUALITÉ DE L’ALIMENTATION
- L’apport en aliments à index glycémique élevé doit être très restreint.
- Une alimentation pauvre en graisses saturées au profit des graisses mono ou polyinsaturées et d’acides gras oméga 3(AG oméga 3) est suggérée chez le patient en SM. En effet, les AG oméga 3 sont dotés de propriétés anti-inflammatoire, antiagrégant plaquettaire, anti arythmique très remarquables sans oublier leurs effets bénéfiques sur la fonction endothéliale. De ce fait, leur consommation est recommandée. (9)
- Le changement de style de vie a également fait ses preuves sur la baisse des
chiffres tensionnels et sur la réduction du RCV.
Cet effet bénéfique des MHD dans la prise en charge de l’HTA ou de la préhypertension (PHTA) a été démontré dans l’étude Dietary Approaches to Stop Hypertension (DASH)(11,21). Deux études dédiées à la PHTA, Trials of Hypertension Prevention THOP1 (22) et THOP2(23), l’ont également prouvé dans la PHTA.
Le recours au régime méditerranéen a été d’un impact positif sur le SM et le
risque de morbi-mortalité cardio-vasculaire(9, 10). Il fait appel à la consommation
de légumes, de fruits, de noix, d’huile d’olive et d’une faible quantité de
viande, d’alcool et de sel (9).
Les MHD, même bien appliquées (Tableau 1) selon les recommandations de
2018(18), reconduites en 2019, ne doivent jamais retarder la mise en route du
traitement pharmacologique chez ces patients étiquetés à haut RCV.
1.3 LUTTER CONTRE LA SÉDENTARITÉ
La lutte contre la sédentarité est le second aspect de la modification du mode
de vie.
En effet, l’exercice physique permet de diminuer la graisse viscérale(5),
d’augmenter le HDLc, de diminuer le taux de TG(6) et d’augmenter la sensibilité
à l’insuline(7). Autrement dit, l’activité physique agit sur chaque composant du
SM, en réduisant de façon indépendante le risque de MCV(8)
Dès lors, un exercice physique de 30mn par jour, au minimum 3 fois par
semaine, fait partie intégrante du programme de prévention du SM selon les
recommandations. La marche rapide, le vélo, la natation, le jogging sont des
activités suggérées(1, 8). Le
sport d’endurance peut être proposé tout en tenant
compte des affections rhumatologiques et cardiologiques associées(1).
L’activité physique est considérée donc comme un outil thérapeutique très
efficace dans la prise en charge du patient en SM et son maintien de manière
régulière et au long cours est indispensable.
2. TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX DES DIFFÉRENTS COMPOSANTS DU SM
2.1.L’OBÉSITÉ
L’obésité est une maladie chronique complexe. Le seul recours à l’exercice
physique et au régime hypocalorique pour sa prise en charge offre selon
certains auteurs un résultat modeste(12). Actuellement, sa prise en charge
relève d’un traitement médical et ou chirurgical.
Ces vingt dernières années, la pharmacothérapie de l’obésité a connu de
nombreux revers, et actuellement de nouveaux médicaments émergent.
Les approches médicales actuelles de la prise en charge de l’obésité font
appel aux molécules à(13, 14):
- action centrale qui agissent via la stimulation de la satiété ou l’inhibition de l’appétit (interaction directe entre les voies des neurotransmetteurs)
- action périphérique de développement récent et représentées
par les analogues du Glucagon-Like Peptide-1 (GLP)-1. Le Liraglutide a été
utilisé avec succès dans le traitement du DT2 et, devant la constatation
d’effets potentiels, notamment sur la perte pondérale, il est actuellement le
seul analogue GLP-1 approuvé pour le traitement de l'obésité.
Récemment, un nouvel agoniste des récepteurs du GLP-1, le Semaglutide, a été lancé aux États-Unis pour le traitement du DT2. Malgré son effet remarquable sur l’obésité, son utilisation n’est pas encore approuvée dans cette indication.
Comparé à ces deux molécules à action périphérique, l’Orlistat a un effet modeste sur la perte pondérale.
2.2. TRAITEMENT DE L’HYPERTENSION ARTÉRIELLE
L’HTA est un véritable problème de santé publique et sa prise en charge est basée sur deux stratégies recommandées par les sociétés européennes de cardiologie (ESC) et d’hypertension artérielle (ESH)(18).
- Initiation du traitement médicamenteux
Il ressort des dernières recommandations européennes sur l’initiation du traitement antihypertenseur que pour le patient en SM, quel que soit le grade de l’HTA , un traitement antihypertenseur doit être prescrit parallèlement au changement de style de vie (18). - Cibles thérapeutiques
En 2019, les experts de l’ESC/ESH sont revenus sur les cibles définies en 2018.
Pour la plupart des hypertendus, quelles que soient les comorbidités associées, la cible est de 130/80 mmHg (<140/90mmHg et sans aller au-dessous de 120/70mmHg) à la condition que le traitement antihypertenseur soit bien toléré. Les valeurs cibles de pression artérielle selon le profil patient sont rapportées dans le tableau 2.
Le choix du traitement
Les différentes classes recommandées sont aux nombres de 5 : les inhibiteurs
de l’enzyme de conversion (IEC), les antagonistes des récepteurs de
l’angiotensine II (ARAII), les diurétiques les inhibiteurs calciques(IC)et les
β-bloquants(BB). Le choix de ces classes est plus basé sur leur capacité à
réduire les évènements cardio-vasculaires et la morbi-mortalité cardio-vasculaire
globale que sur leur action sur la baisse de la pression artérielle qui est équivalente.
Les autres classes thérapeutiques, tels que les antihypertenseurs à action
centrale et les antagonistes des récepteurs des minéralo-corticoïdes, en
raison de leurs effets secondaires
majeurs, sont d’utilisation restreinte. Ils sont indiqués en association avec les
autres classes thérapeutiques lorsque la pression artérielle est non contrôlée.
Les bloqueurs du système rénine-angiotensine-aldostérone (BSRAA) sont la
classe thérapeutique la plus utilisée. Le recours au double blocage du
système rénine angiotensine pour traiter l’HTA n’est pas recommandé, car
aucun effet supplémentaire bénéfique n’est observé ; bien au contraire, il
expose à la majoration des effets indésirables rénaux.
Le traitement sera individualisé selon le RCV global, les comorbidités et l’âge
tel que préconisé dans les derniers guidelines de 2018/ 2019 (18).
2.3. TRAITEMENT DE LA PRÉHYPERTENSION
Les recommandations sur la prise en charge de la PHTA restent un sujet controversé. A ce jour, aucune étude interventionnelle de haute qualité méthodologique n’est parvenue à montrer un résultat probant dans une population présentant une PHTA(20). Mais dans le cas d’une PHTA avec un RCV élevé (maladie cardio-vasculaire ou coronaire avérées), la mise en route du traitement pharmacologique est indiquée (18).
2.4. TRAITEMENT DE LA DYSLIPIDÉMIE
De 2011 à ce jour (26-28), les
recommandations européennes de cardiologie
(ESC) et d’athérosclérose (EAS), s’accordent sur l’évaluation du niveau de RCV
total et sur l’intervention thérapeutique de la dyslipidémie. Le risque SCORE
est l’outil utilisé pour l’estimation de la mortalité cardiovasculaire à 10 ans.
Toutefois chez le patient en SM, classé d’emblée à haut RCV et dont le profil
lipidique expose au risque accru d’évènements cardio-vasculaires via
l’athérosclérose, cette démarche ne s’applique pas. La prise en charge relève
alors d’un traitement intensif(29).
La cible thérapeutique du LDLc est fonction du RCV. Elle est revue à la baisse
dans ces dernières recommandations :
- chez les patients à très haut RCV en prévention secondaire ou primaire, la réduction du LDLc doit être de plus de 50% ou atteindre un taux < 0.55g/l(classe IA).
- Quant aux patients à haut RCV, la réduction du LDLc doit être de plus de 50% ou atteindre un taux < 0.7g/l(classe IA).
Les sujets en SM et en situation de prévention secondaire relèvent de cette recommandation
Les sujets en SM et en prévention primaire relèvent de cette recommandation.
LE CHOIX THÉRAPEUTIQUE
• Statine
La réduction du taux de LDLc, dépend à la fois de l’intensité de la dose et du type de statine utilisée. Une statine à forte dose est celle qui réduit le LDLc de plus de 50%, et elle est d’intensité modérée lorsqu’elle diminue le LDLc de 30-50%.
L’utilisation de statines de forte intensité est
recommandée jusqu’à la dose maximale tolérée
afin d’atteindre l’objectif de LDLc(classe IA).
Elles sont aussi recommandées en première
intention chez le sujet à haut risque cardiovasculaire
etdans les hypertriglycéridémies (TG >2g/L)
(classe I niveau B).
Ezétimibe
Cette nouvelle classe thérapeutique d'agents hypo lipidémiants inhibe de façon sélective l'absorption intestinale du cholestérol. Elle est utilisée en seconde ligne en association avec les statines si l’objectif n’est pas atteint (classe I B) ou en cas d’intolérance de ces dernières.
Inhibiteurs du PCSK9
Le gène PCSK9, codant pour l’hypercholestérolémie
familiale autosomique dominante, joue un rôle
essentiel dans la régulationde la concentration des
particules LDLc.
Récemment, deux inhibiteurs du PCSK9,
l’alirocumab et l’évolocumab sont rentrés dans la
pharmacopée des traitements permettant de
diminuer, chez les patients à haut risque, le taux de
LDLc et donc les évènements cardiovasculaires.
Ilssont indiqués en prévention secondaire et dans leshypercholestérolémies
familiales en cas de non atteinte des objectifs de LDLc avec une dose
maximale tolérée de statine et d’ézétimibe(classe I)(32)
2.5. TRAITEMENT DE LA DYSGLYCÉMIE
Au cours du SM, la prise en charge des états pré diabétiques, comme rapporté
précédemment, est basée essentiellement sur la réduction pondérale et
l’exercice physique, permettant ainsi de retarder l’installation du DT2.
L’effet bénéfique du changement de style de vie a été démontré dans le
Diabetes Prevention Program (DPP) qui a montré, après une randomisation
de 10 ans, un taux cumulé de diabète plus faible dans le groupe « intervention
» par rapport au groupe témoin(1)
CHOIX THÉRAPEUTIQUE
Metformine
La metformine, malgré son rôle potentiel sur l’insulinosensibilité et les états pré diabétiques bien démontré dans le DPP (une réduction de 30% du risque de survenue d’un diabète par rapport au groupe témoin), elle ne dispose pas d’AMM dans la prévention du DT2.
Glitazones
L’apport des glitazones chez les patients en prédiabète et en insulinorésistance est très bénéfique. En effet, les glitazones sont connues par leurs bienfaits sur la diminution de la glycémie post prandiale, sur l’insulinorésistance, sur la dysfonction endothéliale et sur le processus inflammatoire. Cependant, la survenue d’évènements cardiovasculaires graves a imposé la suspension de leur AMM et leur retrait du marché(1).
Acarbose
L’acarbose est un inhibiteur de l’alpha glucosidase. Il réduit l’absorption
intestinale du glucose. Son action principale est observée sur la glycémie
post prandiale qui est considérée comme un facteur de risque indépendant
de MCV(33).
Le rôle bénéfique du traitement par l’acarbose a été rapporté dans l’étude
STOPNIDDM(34), où sa prescription précoce chez les patients intolérants au
glucose a permis de réduire de 25% le risque de développer un diabète. Il
était également associé à une baisse de 49 % du risque d’évènements
cardiovasculaires et de 34 % de celui de développer une HTA(1) L’inconvénient
avec cette classe thérapeutique est lié d’une part à la fréquence des effets
secondaires notamment digestifs et d’autre part à la nécessité de prendre
trois prises quotidiennes, mettant en jeu l’observance du traitement.
3. TRAITEMENT CHIRURGICAL DE L’OBÉSITÉ
La chirurgie bariatrique (CB) est la seconde arme thérapeutique utilisée dans
la prise en charge de l’obésité. Initialement perçue comme « un traitement
agressif et exclusivement symptomatique », cette nouvelle approche connaît
aujourd’hui un développement important nécessitant un consentement
éclairé du patient(15).
La CB permet au patient d’obtenir :
- une perte de poids significative et durable,
- une amélioration de la qualité de vie,
- une rémission ou une amélioration des comorbidités liées à
l’obésité et une augmentation de l’espérance de vie.
Ses principales indications et contre-indications sont résumées dans le
tableau 3.
CONCLUSION
Le SM est un concept clinico-biologique complexe et multifactorielle. Le
changement du mode de vie alimentaire et la sédentarité sont les déterminants
essentiels de son apparition auxquels se surajoute la prédisposition
génétique.
Le traitement médical doit être institué au moment opportun pour prévenir la
survenue du diabète et les évènements cardio-vasculaires et rénaux. Il doit
être considéré comme un accompagnement des modifications de mode de
vie qui restent le pivot de la prise en charge.
MOTS CLÉS
Syndrome métabolique – Modifications du style de vie - analogues du GLP1- Inhibiteurs du PCSK9- Chirurgie bariatrique
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