La réponse immunitaire anti-sars-cov-2 : l’essentiel pour le clinicien
K. Djenouhat
Service de Biologie Médicale, EPH de Rouiba, Alger
Les conséquences économiques, sociales et sanitaires engendrées par la pandémie causée par le Severe
Acute Respiratory
Syndrome Coronavirus 2 (SARS-CoV-2) marquera l’histoire de l’humanité. En mois de décembre 2019, la
ville de
Wuhan(Chine) constitue le point de départ de ce betacoronavirus qui a émergé d’une manière extrêmement
rapide vers tous
les continents (1). À ce jour, le 1er novembre 2020, le bilan de nombre
de cas contaminé dépasse les 46 millions de
sujets engendrant plus de 1 million 200 milles de victimes. L’arrivée de la deuxième vague constatée par
la
recrudescence de l’épidémie de Covid-19 à l’automne 2020 dans de nombreux pays du monde, suscite que ces
chiffres vont
certainement tendre vers la hausse.
Comme le SARS-CoV, le SARS-CoV-2 exprime à sa surface la protéine spike (S) qui
confère aux virions un aspect de couronne. Elle est à l’origine du nom attribué à cette famille de
virus, le terme
corona signifie couronne en latin. Ce virus se lie via sa protéine S à l’Angiotensin Conversion Enzyme 2
(ACE2)
fortement exprimée par les cellules épithéliales respiratoires, et plus particulièrement par les
pneumocytes de type 2
et les cellules endothéliales ainsi que les macrophages (2). Le rôle
exact du système immunitaire face SARS-CoV-2
constituait le défi majeur rencontré par la communauté des scientifiques au début de cette pandémie à
l’exception de «
l’orage ou la tempête cytokinique » incriminé dans le mécanisme physiopathologique des formes
sévères de la COVID-19,
rôle qui vient d’être remis en cause par une équipe néerlandaise (3,4).
La compréhension des mécanismes de l’immunité au covid-19 ou immunité dirigée contre le SARS CoV-2
constitue un enjeu
majeur pour mieux comprendre la symptomatologie, lutter efficacement contre cet a¥ection et proposer des
thérapies
adaptées pour mieux la cerner(Figure 1).
Sur le plan chronologique, la réponse immunitaire peut schématiquement être
divisée en deux parties : celle qui intervient dès les premières heures après l’agression de l’hôte et
fait intervenir
des éléments communs sans notion de mémoire, elle est appelée immunité innée. Cette dernière est suivie
dans la majorité
des cas par l’implication des lymphocytes T et/ou B doués d’une grande spécificité. Elle est
caractérisée surtout par sa
grande spécificité, la génération de population mémoire prête à intervenir lors des contacts ultérieurs
d’une manière
rapide et intense. Cette partie est appelée immunité adaptative. On note que les deux type d’immunité
font intervenir
des éléments humoraux (solubles) et cellulaires. La symptomatologie de la maladie COVID-19 serait la
conséquence des
mécanismes immunologiques impliqués ainsi que du fond génétique de la personne infectée.
(Fig.1).
Par ailleurs, dans cette revue de littérature, un accent particulier sera porté la réponse immunitaire
innée, vu son importance dans les phases précoces de l’infections par le SARS-CoV-2.
I- IMMUNITÉ INNÉE
La réponse immunitaire innée antivirale en général, et celle dirigée contre le SRAS-CoV-2 en particulier, met en jeu plusieurs acteurs humoraux et cellulaires. Durant cette étape, la phase précoce est cruciale, elle est caractérisée par la production des interférons (IFN) de types I et III suivie par la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1 et Il-6). Plusieurs études ont montré que l’évolution de l’infection virale est directement conditionnée par des taux sériques de cette famille de cytokines. En effet, des concentrations élevées des IFN de type I et III ont souvent été associées à un bon pronostic évolutif de la COVID-19 (Fig.2) (5)
L’hémogramme retrouvait une lymphopénie à 900/mm3 sans autres cytopénies. Le diagnostic positif était retenu sur un taux d’IgM élevé au test sérologique rapide et une Rt- PCR positive. La TDM thoracique par contre ne retrouvait qu’une atteinte pulmonaire minime (<10%). Le patient a été traité par azithromycine pendant 5 jours, des vitamines et des antipyrétiques. L’évolution était favorable avec l’obtention de l’apyrexie au 4ème jour du traitement et régression progressive du syndrome inflammatoire.
A partir de la fin de la première semaine après le début des symptômes, dans la situation où la réaction
inflammatoire
prend le dessus par le phénomène dénommé communément « orage ou tempête cytokinique », il
engendre de ce fait, un
déséquilibre entre une faible réponse antivirale innée et une importante inflammation à l’origine de
l’évolution vers
les formes sévères de la maladie COVID-19. Ce déséquilibre est objectivé par une baisse des
concen-trations des IFN et
une augmentation des cytokines pro-inflammatoires dont le chef de fil est représenté par l’IL-6.
Néanmoins, une étude néerlandaise très récente vient de remettre en cause l’implication de cet orage
cytokinique dans la survenue des formes
graves de la COVID-19 en montrant que les taux de cytokines pro-inflammatoires ne sont pas aussi élevés
par rapport à
ceux des malades non COVID-19 hospitalisés au niveau des unités de soins intensifs pour des situations
cliniques où le
rôle de tempête de cytokines est établi avec certitude comme c’est cas du
choc septique avec ARDS (Fig.3) (7)
En outre, on signale que le virus SARS-CoV-2 utilise des moyens s’échappement au système immunitaire innée, dans une plus grande mesure que le fait le SARS-CoV-1, en agissant sur la cascade de la synthèse et/ou d’action des IFN (Fig.4) (11).
Enfin, il est à noter que la stimulation de la synthèse ou l’injection des IFN de type I à visée thérapeutique peut constituer une arme à double tranchant du fait que cette famille de cytokines stimule aussi l’expression de récepteur ACE-2 (Fig.5) (10)
L’IMMUNITÉ ADAPTATIVE
Lors des primo-infections virales, ce sont les lymphocytes T CD8+ qui
représentent la population lymphocytaire effectrice principale responsable
de la destruction des cellules cibles infectées. Alors que la réponse immunitaire
humorale représentée par les anticorps et les lymphocytes mémoires
trouvent leur place dans une relative protection contre les éventuelles
réinfections par le même virus.
L’efficacité des deux types de l’immunité adaptative ou acquise, cellulaire et
humorale reste tributaire de la bonne fonctionnalité de la sous population
lymphocytaire CD4 en leur fournissant de l’aide ou du « help » par l’intermédiaire
de cytokines qu’ils produisent ou par contact membranaire intercellulaire
(6) (Fig.6)
L’IMMUNITÉ CELLULAIRE
Plusieurs études ont mis en évidence l’existence de populations lymphocytes
T spécifiques des protéines du SARS-CoV-2 et plus particulièrement celles
dirigées contre les protéines S et N du virus témoignant de l’existence d’une
immunité cellulaire spécifique avant même le début de la symptomatologie.
En effet, les patients présentant des formes graves de la maladie qui semblent
présenter une lymphopénie importante caractérisée par une forte baisse des
lymphocytes T circulants. En plus de cette anomalie quantitave, les résultats
de la cytométrie en flux ont mis en évidence l’expression par ces cellules des
molécules PD-1 and Tim-3, marqueurs phénotypiques de l’épuisement
fonctionnel des lymphocytes « excausted lymphocytes ». De plus, il a été
démontré que les patients COVID-19 la présence de très fortes concentrations
sériques en IL-10, cytokine immunosuppressive, non favorable à la
destruction des cellules infectées par ce virus. Ensemble avec le dysfonctionnement
de l’immunité innée, ces anomalies ne peuvent qu’être à l’origine de
la persistance et de l’exacerbation du processus inflammatoire délétère pour
l’hôte. Plusieurs études ont constaté que l’immunité cellulaire est retrouvée
même chez les patients atteints de la COVID-19 avec une sérologie négative. Il
a été rapporté dans plusieurs travaux très pertinents, que les patients avec
des formes modérées ou asymptomatiques de COVID-19 développent une
bonne immunité cellulaire contrastant avec des taux bas voire absent
d’anticorps, alors que les sujets présentant des formes grave de cette
affection produisent des taux très élevés d’anticorps anti-SARS-CoV-2 contrastant
avec une immunité cellulaire faible
En conclusion, les cellules T chez les patients COVID-19 sont diminués en
nombre et en fonction et les cytokines comme IL-10, IL-6, and TNF-α pourront
être impliquées dans le processus immunopathologique des formes sévères
de cette maladie.
Pour ce qui est de l’exploration de l’immunité cellulaire, elle fait appel aux
techniques spécialisées et parfois lourdes, qui relèvent des activités des
laboratoires de recherche, et ne peuvent en aucun cas faire partie des
paramètres biologiques de routine.
L’exploration de l’immunité cellulaire chez les sujets n’ayant jamais contracté
le virus SARS-CoV-2 a révélé, d’une manière surprenante, la présence de
lymphocytes T CD4 et/ou CD8 spécifiques de ce virus. Cela ne pourrait être
que la conséquence de la présence d’une immunité croisée entre le
SARS-CoV-2 et les autres coronavirus humains, (HCoV)-OC43, HCoV-229E,
HCoV-NL63 et HCoV-HKU1. Cette panoplie de lymphocytes T mémoire aux
coronavirus qui causent le rhume peut expliquer, en partie, cette grande
hétérogénéité clinique de la maladie COVID-19 (8, 9)
L’IMMUNITÉ HUMORALE
En fonction des études sérologique, 85% voire 100% des sujets atteints de la
COVID-19 produisent des anticorps contre les différentes protéines du virus
SARS-CoV-2 à des concentrations détectables par différentes techniques
immunologiques qualitatives et/ou quantitatives. Les principales cibles
antigéniques reconnues par les anticorps sont les protéines N et S du
SRAS-CoV-2. La date d’apparition de ces anticorps reste un sujet d’actualité et
dépend de la forme de la maladie et du fond génétique de la personne
infectée. Une grande partie des malades produisent les IgM avec ou sans les
IgA durant la première semaine, souvent à partir du quatrième jour, de la
symptomatologie, Les IgG apparaissent souvent à partir de la deuxième
semaine. Cependant, plusieurs études ont constaté que la réponse immunitaire
humorale dirigée contre le SARS-CoV-2 n’obéit pas aux mêmes règles
régissant la réponse humorale classique, puisqu’ils ont pu mettre en évidence
des IgG avec ou sans IgM dès le quatrième jour de début des signes cliniques.
Ces éléments doivent être pris en compte lors de l’interprétation des examens
sérologiques (tests rapides, ELISA ou automatisés).
Pour ce qui est de la signification des anticorps anti-SARS-CoV-2 sur le plan
immunisation et protection, cela dépend de leur spécificité. Seuls ceux qui
reconnaissent la protéine S, et plus particulièrement le domaine RBD
(receptor binding domain) de la sous-unité S1, qui se fixe au récepteur ACE2
sur la membrane de la celle hôte sont supposés être neutralisants et par
conséquent protecteurs contre une éventuelle réinfection par le même virus.
Cette fonction de neutralisation doit être étudiée par les techniques de
neutralisation basées sur le principe de la compétition.
Si les anticorps s’avèrent neutralisants, la durée de cette protection dépend
de quelques paramètres :
- La génération de lymphocytes B mémoires et leurs durée de vie (courte ou longue)
- Persistance des anticorps dans la circulation sanguine. Plusieurs études ont constaté que la plupart des sujets infectés produisent des quantités d’anticorps qui ne persistent que durant quelques semaines voire quelques mois (3 à 6 mois) après leur apparition
- La forme de la maladie, puisqu’il a été bien établi que dans les formes bénignes voire modérées, la concentration des anticorps est faible alors, qu’elle est très augmentée dans les formes sévères.
- Dix à 15% des sujets infectés ne produisent pas d’anticorps
En absence de réaction croisées, les techniques sérologiques occupent une place primordiale dans cette pandémie et ne doivent jamais être interprétées en absence du contexte clinique, parceque le même profil peut correspondre à plusieurs interprétations possibles. En effet, une sérologie COVID-19 positive constitue le témoin d’un contact antérieur avec le virus SARS-CoV-2, que seul un interrogatoire minutieux avec ou sans examen clinique permettent de dater l’infection, d’autant plus que les IgM peuvent persister au-delà de 2 mois et les IgG un peu plus longtemps. Il faut rappeler enfin, que la présence d’anticorps dans le sang, mesurée par analyses à flux latéral ou par la méthode ELISA, ne démontre en rien la capacité de ces anticorps à bloquer efficacement une infection virale. Pour cela, on doit se référer comme déjà mentionné, de l’exploration de la capacité d’un anticorps à bloquer (ou « neutraliser ») le virus par le test de séroneutralisation. (11,12)
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