Contribution de la biopsie hépatique par voie transpariétale à la prise en charge du patient enmédecine interne : Etude monocentrique
S. Chemali, N. Benfenatki
Service de Médecine Interne, EPH Rouïba , Alger
Résumé
Introduction
La ponction biopsie hépatique (PBH) est indiquée, pour l’établissement d'un diagnostic, d'un pronostic et d'un traitement des hépatopathies chroniques. Le développe-ment des moyens non invasifs a réduit considérablement ses indications.
Objectifs
Notre étude a pour but de déterminer l’apport de la ponction biopsie hépatique (PBH) au diagnostic des diverses pathologies rencontrées dans un service de médecine interne telles que les granulomatoses systémiques, les hépatopathies chroniques dysimmunitaires et les maladies de surcharge.
Matériel et méthodes
Etude monocentrique, prospective descriptive et analytique qui s’est déroulée dans le service de Médecine Interne de l’EPH Rouïba. Ont été inclus dans l’étude tous les patients adultes consentants des deux sexes candidats à une PBH à visée diagnostique d’une affection quelconque non diagnostiquée par d’autres moyens non invasifs, ne présentant pas de contre-indications à la PBH. La saisie et l’analyse des données sont faites par les logiciels Epidata Ver 3.1 et Epi info Ver 6.04.
Resultats
L’indication de la PBH a été posée devant une EFH perturbée dans 69% des cas, une imagerie hépatique
patholo-gique dans 84%, et dans plus de la moitié des cas soit 55% une EFH perturbée avec un foie
pathologique à l’imagerie.
Tous les prélèvements biopsiques sont jugés interprétables aussi bien sur le plan
macroscopique (longueur du fragment biopsique) et histologique (nombre d’espaces portes). L’absence de
complication majeure dans notre série s’explique d’une part par l’absence de troubles sévères de la
coagulation, et d’autre part par le repérage échographique systématique. Le diagnostic suspecté
cliniquement
est confirmé dans 71 % des cas par la PBH, et modifié par l’étude anatomo-pathologique dans 29% des cas.
16%
des patients sont au stade de cirrhose. Une comorbidité est associée à l’hépatopathie dans 26% des cas
dont
15% représentée par une maladie de système ou maladie auto-immune.
Une relation statistiquement significative est établie entre la survenue de la douleur et l’âge, entre
un
âge avancé et le carac-tère fragmenté des biopsies hépatiques avec le diagnostic de fibrose avancée,
entre
un aspect histologique normal du foie et la non fragmentation de l’échantillon. L’existence d’une
anoma-lie
morphologique du foie est corrélée significativement à une anomalie histologique, et ce quelle que soit
l’origine étiolo-gique.
Conclusion
La PBH reste donc un examen d’actualité ; l’importance qu’elle conserve dans le diagnostic et le pronostic des maladies hépatiques diffuses et tumorales souligne à quel point la pathologie hépatique ne se résume pas à l’évaluation du stade de fibros.
Mots clés
PBH, transpariétale, echoguidée, hépatopathies, hémostase, douleur, hémorragie, médecine interne
Abstract
Introduction
The liver biopsy is indicated for the diagnosis, prognosis and treatment of chronic liver diseases. The develop-ment of non-invasive means has greatly reduced its indications.
Objectives of the study
Our study aims to determine the contribution of liver biopsy to the diagnosis of various patholo-gies encountered in an internal medicine department such as systemic granulomatosis, chronic dysimmune liver disease and storage diseases.
Patients and Methods
A monocentric, descriptive and analyti-cal prospective study conducted in the Internal Medicine Department of Rouiba hospital (Algiers). Included in the study were all consenting adult patients of both sexes who were candidates for liver biopsy for the purpose of diagnosing any condition not diagnosed by other non-invasive means, with or without signs of clinical, biological, endoscopic or morphologi-cal liver damage, not presenting contraindications to liver biopsy. The data entry and analysis is done by the software Epidata Ver 3.1 and Epi info Ver 6.04.
Results
The indication of the liver biopsy puncture was posed in front of a disturbed liver functional
exploration in
69% of the cases, a pathological liver imaging in 84%, and in more than half of the cases or 55% a
disturbed
liver functional exploration with a liver pathological on imaging.
All biopsy samples are considered interpretable, both macros-copically and histologically (Number of
portal
spaces). The absence of major complication in our series is explained on the one hand by the absence of
severe disorders of coagulation, and on the other hand by the systematic ultrasound detection. The
clinically suspected diagnosis is confirmed in 71% of cases by liver biopsy, and modified by the
pathological study in 29% of cases. 16% of patients are in the cirrhosis stage. Comorbidity is
associated
with liver disease in 26% of cases of which 15% repre-sented by an autoimmune system disease or disease.
There are clear relationships between pain, hepatic histology, histological stage and liver biopsy
quality
with some clinical and paraclini-cal parameters.
Conclusion
The liver biopsy remains a topical examination, the importance it retains in the diagnosis and prognosis of liver diseases underlines how much liver pathology is not limited to the evaluation of the stage of fibrosis.
Key words
percutanous liver biopsy, transparietal, ultrasound-guided, hepatopathy, hemostasis, pain, hemor-rhage, Internal medicineN
Introduction
Malgré l’avancée de la technologie avec le développement de
l’imagerie médicale, des techniques sérologiques et immunologiques,
de l’évaluation non invasive de la fibrose par des tests
sanguins (FibroTest®, FibroMètre…) et/ou par des méthodes
physiques telles que l’élastométrie impulsionnelle (Fibroscan) 1 ,
la PBH garde ses indications et une place importante notamment
en Médecine Interne 2,3.
L’atteinte hépatique est fréquemment observée en pratique. Elle
est soit primitive soit une manifestation fréquente des maladies
systémiques, des hémopathies comme les lymphomes non Hodgkiniens,
et les stéatohépatites non alcooliques.
La non-accessibilité à certains examens non invasifs et à certains
sites de biopsie, et les résultats d’examens discordants à l’origine
d’une errance et retard diagnostique, rendent la PBH une alternative
diagnostique possible de pathologies diverses et ce en
présence de perturbations des tests hépatiques ou d’anomalies
morphologiques hépatiques.
Dans la littérature, peu d'études ont évalué l’intérêt de la PBH en
médecine interne. En Algérie, seules quelques études éparses
monocentriques ont vu le jour.
Le moment est donc bien choisi pour faire le point sur les intérêts,
les risques et les inconvénients de la PBH et la place qu’elle
occuperait dans la prise en charge du patient dans un service de
Médecine Interne. Il est d’autant plus favorable que de
nombreuses réflexions et recommandations nationales et internationales
ont récemment vu le jour. Ces dernières permettent de
faire émerger une attitude consensuelle dépassant les polémiques
récentes sur les indications actuelles de la PBH dans la prise en
charge initiale et la surveillance des patients atteints de maladies
hépatiques.
Objectifs
Le but de notre travail est d’évaluer la place de l’histologie hépatique en Médecine Interne et d’établir des corrélations anatomo- cliniques, anatomo-biologiques et anatomo morphologiques notamment en fonction des données de l’EFH, et les corrélations entre le diagnostic pré biopsique et le compte rendu histologique final.
Patients et méthodes
Il s’agit d’une étude descriptive, monocentrique et prospective
réalisée sur une durée de 30 mois allant de janvier 2016 à fin juillet
2018 et portant sur 100 cas de PBH pour hépatopathies diffuses
pratiquées chez des patients adultes consentants des deux sexes
candidats à une PBH à visée diagnostique d’une affection
quelconque non diagnostiquée par d’autres moyens non invasifs
non contributifs, ne présentant pas de contre-indications à la
PBH.
Cette étude s’est déroulée au niveau du service de Médecine
Interne de l’établissement public hospitalier de Rouiba (Alger)
Le recueil des informations à partir des dossiers médicaux des
patients et comportant les données démographiques, les données
cliniques et paracliniques comportant notamment le bilan étiologique
d’hépatopathie chronique, et thérapeutiques s’est fait à
l’aide d’une fiche de renseignements préétablie et validée par le
service d’épidémiologie.
La biopsie hépatique a été réalisée par voie transpariétale après
respect des contre-indications et repérage clinique et échographique
du site de la ponction. La PBH ainsi que l’échographie ont
été effectués par le même opérateur (Figure 1).
Tous nos patients ont bénéficié d’une anesthésie locale au point
de ponction utilisant la lidocaïne à 2%. L’aiguille de type aspiratif
à usage unique type Hépafix calibre 16 gauge a été le type d'aiguille
utilisé chez tous les patients.
La PBH a été réalisée au sein de l’unité d’endoscopie du service (Figure 2).
Les données de notre étude ont été saisies et analysées grace au
logiciel EPIDATA Ver 3.1. Le contrôle des incohérences ainsi que
l’analyse des données ont été faits sur le logiciel Epi info Ver 6.04
Résultats
1. Caractéristiques générales des patients:
La population
étudiée comporte 35 hommes et 65 femmes, soit respectivement
35% et 65% avec significativement plus de femmes que d’hommes
(p< 0.05) et un sex ratio H/F de 0,53.
La moyenne d’âge de la population étudiée est de 45,8 ± 13,27 ans
avec des valeurs extrêmes de 16 et 75 ans et une médiane à 42 ans.
La différence entre les moyennes d’âge des patients des deux sexes
dans la série est statistiquement significative (p=0,02) ; les
patients de sexe masculin sont significativement plus jeunes (41.74
vs 48 ans).
Les motifs d’hospitalisation sont variables. 40% de nos patients
sont hospitalisés pour exploration d’un syndrome tumoral
profond (adénopathies profondes isolées : 20% ; hépatomégalie,
splénomégalie ou hépatosplénomégalie : 68% ), 31% pour des
anomalies biologiques hépatiques chroniques inexpliquées et/ou
un foie pathologique à l’imagerie.
70% des patients de la série ont des signes d’appel d’atteinte hépatique cliniques (hépatomégalie : 36%,
ictère cholestatique : 3%), biologiques (bilan hépatique perturbé: 31%) ou à l’imagerie ( aspect
d’hépatopathies chroniques) comme motifs d’hospitalisation.
44% de nos patients sont adressés par des médecins internistes.
2. Caractéristiques cliniques des patients:
Les signes fonction-nels traduisant une atteinte hépatique sont retrouvés chez 28% des patients et se
traduisent presque dans tous les cas (27/28) par des douleurs de l’hypochondre droit (96%) (Tableau 1).
La population d’étude se caractérise par l’importance des signes généraux (asthénie : 74%,
amaigrissement: 58%) et la pauvreté des signes physiques.
L’hépatomégalie est retrouvée dans 10% des cas, les signes d’hypertension portale sont objectivés dans
13% des cas.
08% des patients présente un syndrome tumoral périphérique. 03 patients ont été hospitalisés pour syndrome tumoral périphérique dont deux associés à un syndrome tumoral profond. 05 autres cas d’adénopathies périphériques ont été constatés durant l’hospitali-sation.
Les signes d’hypertension portale (HTP) sont objectivés dans 13% des cas, une splénomégalie rentrant dans le cadre d’une HTP est retrouvée chez 11 patients (11%) et représente 85% de l’ensemble des signes cliniques d’HTP observés dans notre série (11/13). La splénomégalie est volumineuse chez deux patients, et modérée chez les 09 autres. Une circulation veineuse collatérale est objecti-vée chez 03 patients (3%). L’ascite n’est retrouvée dans aucun cas.
Un seul patient âgé de 16 ans a présenté des signes d’insuffisance hépatocellulaire à type de gynécomastie, rattachée à une hépatite auto-immune au stade de cirrhose
3. Les caractéristiques paracliniques des patients:
- Le taux d’Hémoglobine moyen à l’admission est de 11,32 ± 2,01 g/dl, avec des valeurs extrêmes de 6,2– 15,4g/dl sans différence statistiquement significative entre les deux sexes (p=0,07). Une anémie est notée chez 64% des patients.
- Le taux de plaquettes moyen est de 253 854 ± 112 959 plq/mm3 avec des valeurs extrêmes de 85 000 et 646 000plq/mm3.Le taux de plaquettes est normal (150 000 – 400 000plq /mm3) chez 77% des patients, une thrombopénie est constatée dans 14 cas (14%).
- Le taux de GB est normal (entre 4000 et 10000 éléments /mm3) dans 76% des cas (n=76) et montre une
leucopénie chez 12 patients (12%).
Un bi ou pancytopénie est notée chez 29 patients (29%). - Le bilan hépatique est perturbé chez plus des 2/3 de la popula-tion (69%).
Une cholestase est retrouvée pratiquement chez les 2/3 des patients (60%), et la cytolyse dans 1/3 des cas (33%) ; l’association cholestase et cytolyse est notée dans 25% des cas. - Le taux de prothrombine (TP) est en moyenne de 87,26% ± 12,22% avec des extrêmes de 51 à 100%. Ce taux est bas (<70%) chez 5% (n=05) des patients et varie entre 51 et 59%.
- L’échographie pratiquée dans tous les cas et la TDM réalisée chez 73% des patients montrent une anomalie de taille, de forme et/ou d’échostructure du foie respectivement dans 82% et 77% des cas.
- L’ensemble des différentes anomalies morphologiques hépatiques échographiques et tomodensitométriques est rapporté dans le tableau 2 et 3.
- Les différents aspects morphologiques réalisés par l’echographie et la TDM sont retrouvés avec des différences de fréquence non significatives (p>0.05).
L’imagerie hépatique dans notre série est pathologique dans 84% des cas (n=84).
Le foie a un aspect radiologique significativement pathologique en cas d’hépatopathie chronique
p<10-6
L’échographie a permis de mettre en évidence des atteintes extra hépatiques, telles : une splénomégalie dans 45%, une hypertension portale dans 8% des cas, une ascite dans 5% des cas, et des adéno-pathies profondes dans 21% des cas.
La TDM a permis de mettre en évidence des atteintes extra hépatiques, telles : une splénomégalie dans 38% des cas, une hypertension portale dans 5% des cas, une ascite dans 4% des cas, et des adénopathies profondes dans 30% des cas.
Une EOGD effectuée chez l’ensemble de nos patients s’est révélée
normale dans 34% des cas, et a objectivé des VO chez 03 patients :
stade I et II chez 2 patients, stade III associés à une gastropathie
hypertensive chez un patient qui a présenté une hématémèse à son
admission nécessitant une éradication de varices oesophagiennes
par ligature élastique.
Aucun fibroscan n’a été réalisé dans notre série en raison de sa non
disponibilité.
4. Facteurs de risque d'atteinte hépatique
La présence de facteurs de risque d’atteinte hépatique, anamnestiques (prise médicamenteuse ou de plantes médicinales, consommation d’alcool, notion de contage tuberculeux), cliniques ( surcharge pondérale dans 65% des cas dont 20 % de cas d’obésité, obésité abdominale dans 41% des cas) ou paracliniques (dyslipidémie et diabète respectivement dans 26% et 31% des cas, syndrome métabolique selon la définition de l’ATP III chez 14% des patients, un profil de B guérie, une stéatose hépatique objectivée dans 17% des cas à l’écho doppler hépatique et confirmée sur le plan histologique dans 65% des cas), est notée dans 81% des cas (n=81).
5. Comorbidités :
Chez 26 patients (26%), une ou plusieurs
pathologies non auto-immunes associées sont répertoriées dans
notre série représentée essentiellement par le diabète, HTA et la
dyslipidémie.
Un total de 26 cas de pathologie auto-immune associée à l’hépatopathie
chronique est répertorié dans notre série, il s’agit dans plus
de la moitié des cas (15/26 ; 58%) de maladie de système à type de
LES, sclérodermie, syndrome de GOUGEROT, maladie de Behçet,
polyarthrite rhumatoïde et dermatopolymyosite.
6. Les indications de la PBH :
L’indication de la PBH a été posée devant une EFH perturbée dans 69% des cas, une imagerie hépatique pathologique dans 84%, et dans plus de la moitié des cas soit 55% une EFH perturbée avec un foie pathologique à l’imagerie.
6.1 Critères diagnostiques de l’affection causale :
L’indication
de la PBH a été portée en présence de critères diagnostiques
présents mais insuffisants dans 87% des cas (n=87), il s’agit de
critères cliniques et para cliniques respectivement dans 51% et
86% ; dans la moitié des cas (50%) est notée la présence de critères
aussi bien cliniques que paracliniques.
L’indication de la PBH est retenue en l’absence de critères
diagnostiques dans 13% des cas.
6.2 Indications de la PBH et orientations diagnostiques :
La
biopsie hépatique est indiquée dans un but d’orienter le diagnostic
étiologique lorsque les données cliniques et/ou biologiques ne le
permettent pas formellement. Plusieurs diagnostics de présomption
ont été soulevés.
Les hépatopathies dysimmunitaires (34%) et la sarcoïdose multi
systémique (26%) représentent les principaux diagnostics suspectés
(60%), hépatopathie chronique ou cirrhose sans orientation
étiologique 13 cas (13%), Nash syndrome 10 cas (10%), tuberculose
multi systémique 09 cas (09%), néoplasie infiltrant le foie 06 cas
(06%), hépatite toxique 01 cas (01%), suspicion maladie de
surcharge 01 cas (01%).
La biopsie hépatique est indiquée également afin d’évaluer le
degré d’activité et de fibrose d’une hépatopathie et de rechercher
une comorbidité, ce qui est indispensable pour la prise en charge
thérapeutique.
Les indications de la biopsie hépatique sont regroupées dans le (tableau 4).
7. Les données de la PBH :
Toutes les PBH ont été réalisés par
voie transpariétale après repérage échographique par un même
opérateur dans le respect des contre indications sauf dans 5 cas où
le TP oscillait entre 51 et 59%.
Un changement du site de ponction a été effectué chez 10 patients (10%).
Un seul passage est effectué chez 99 patients (99%).
La longueur du fragment biopsique obtenue était variable, la taille
des carottes variait entre 07 mm et 65 mm avec une moyenne de 25,7 mm ± 12,1.
Dans presque la totalité des cas (93%, n=93), la taille de la carotte
hépatique dépassait 10 mm. La longueur de la carotte dépassait 20
mm chez la moitié de nos patients.
Le nombre d’espaces portes moyen est de 14,1 ± 7,2, avec des
extrêmes de 2 à 40 espaces portes. Presque les 2/3 de la population
soit 63% ont un nombre d’espaces portes qui dépasse 11.
Parmi les 100 biopsies réalisées, les prélèvements étaient jugés
fragmentés (>4 fragments) dans 46% des cas, et sous forme de
carotte (1 à 3 fragments) dans plus de la moitié des cas (54%) ; il
n’y a pas de différence significative entre les deux aspects réalisés (p=0,26).
Les complications dans notre série, sont mineures à type de
douleurs abdominales au point de ponction, notées chez 13
patients (13%) et cédant sous traitement antalgique dans tous les cas.
La douleur est notée dans les deux sexes avec une différence de
fréquence non significative (p=0,13).
La survenue de la douleur a été plus marquée chez les sujets de plus de 40ans. La douleur est notée dans
les deux sexes avec une différence de fréquence non significative (p=0,13).
Il est à noter que ces douleurs sont survenues chez deux patientes 05 heures après le geste.
Le contrôle échographique chez ces deux patientes était sans anomalies.
Le délai de lecture moyen de la PBH est de 22,97 ± 8,24 jours avec des extrêmes de 5 à 40 jours
8.Interprétation de la PBH
8.1 Confrontation diagnostic suspecté/ diagnostic histolo-gique :
Dans notre série, le diagnostic suspecté cliniquement a été confirmé dans 71 % des cas (n=71) par la
biopsie hépatique, et modifié par l’étude anatomo-pathologique dans 29% des cas (n=29).
Il n’y pas de différence significative entre les diagnostics suspectés et histologiques en dehors des
hepatopathies dysimmunitaires (Tableau 5).
La modification diagnostique apportée par l’étude anatomo-pa-thologique a intéressé
essentiellement les indications de la PBH pour suspicion d’hépatopathies chroniques
dysimmunitaires (34 cas). L’examen anatomopathologique n’a permis de confirmer
le diagnostic sur le plan histologique que dans 19 cas (56%) avec un p très significatif (p=0,02).
Dans notre série, l’importance et la place occupée par les maladies de systèmes et les maladies
auto-immunes trouve son explication dans le mode de recrutement des patients. 44% de nos patients sont
adressés par des médecins internistes (Tableau 6)
16% des patients sont au stade de cirrhose ce qui est une particula-rité de notre population ; l’autre
particularité est qu’un des patients cirrhotiques est âgé à peine de 16 ans.
La diversité des maladies pouvant affecter le foie dans un service de médecine interne confère à la PBH un caractère diagnostique particulier. La PBH joue un rôle principal dans un grand nombre de maladies à réper-cussion hépatique traitées dans les services de médecine interne où le diagnostic histologique est souvent nécessaire pour un traitement approprié.
8.2. Diagnostic final retenu de l’hépato-pathie
Dans certains cas notamment au cours des hépatopathies chroniques d’étiologie indéterminée et dans les cas d’histologie hépatique normale, les résultats anatomo-pathologiques de la biopsie hépatique n’ont pas permis à eux seul de poser un diagnostic étiologique. L’existence d’autres critères cliniques et/ou paracli-niques a permis de mettre une étiquette étiologique de l’atteinte hépatique, et ce dans 17cas (17%):
8.3. Confrontation diagnostic histolo-gique/diagnostic final
Les variations apportées dans le diagnostic histologique notamment en ce qui concerne les hépatopathies chroniques d’étiologie indéterminée et l’histologie hépatique normale sont significatives (p=0,008) (Tableau 7).
9. Etiologies des hépatopathies au stade de cirrhose
16% des patients de la série sont porteurs d’une cirrhose hépatique
avec preuve histologique (n=16 cas). 94% ont un âge égal ou
supérieur à 40ans. Le seul patient âgé de moins de 20 ans (16 ans)
a une hépatite auto-immune au stade de cirrhose.
Une orientation étiologique est portée dans 81% des cas (n=13), et
sans orientation étiologique dans 19% des cas (n=03), dont deux
cas ont été rattachés à un Nash syndrome probable (Tableau
8).
Une seule décompensation (sur le mode hémorragique) a été mise
en évidence sur l’ensemble des cirrhoses diagnostiquées (06%).
10. Les relations
Des facteurs de corrélation ont été établis entre certains paramètres.
Parmi les facteurs influençant la survenue de la douleur, une
relation statistiquement significative est ainsi établie entre la
survenue de la douleur et l’âge (p=0,004), mais pas avec le sexe, le
stade histologique, la perturbation du bilan hépatique ou la
présence d’une anémie (p>0.05).
L’âge avancé à un impact sur le stade histologique de fibrose
avancée avec un p significatif (p=0,023).
La présence d’un ou de plusieurs facteurs de risque d’atteinte
hépatique ne semble pas avoir un impact sur le stade histologique (p=0,289).
La présence d’un syndrome de cytolyse ou de cholestase, ou l’association
d’un syndrome de cytolyse et de cholestase, n’a aucune
relation avec le stade histologique du patient ; la différence est non
significative avec des p respectifs de 0,53, 0,95, et 0,43.
Le caractère fragmenté des biopsies hépatiques est corrélé significativement
au stade de fibrose avancé. 81% des patients cirrhotiques
ont un caractère fragmenté de leur biopsie hépatique
(p=0,003). Il y a une relation significative entre un aspect non
fragmenté de la PBH et une histologie normale (78,6%) p=0.003.
L’imagerie hépatique, échographique ou tomodensitométrique
n’est pas corrélée au stade histologique (DNS, p=0,141), ainsi que
la perturbation du bilan hépatique (p>0.05), cela suggère qu’une
imagerie hépatique normale ou un bilan hépatique normal n’a pas d’impact
sur la réalisation ou non de la PBH ni sur le stade évolutif de l’hépatopathie.
Parmi les facteurs influençant l’histologie hépatique, l’existence d’une anomalie morphologique du foie à l’échographie doppler et/ou à la TDM hépatique est presque toujours corrélée à une anomalie histologique, ceci est valable quelque soit l’origine étiologique et ce avec une différence significative p<0,01. L’imagerie a un apport considérable en matière de diagnostic des lésions hépatiques et d’appréciation de leur sévérité.
Par contre, il n’existe aucune relation statistiquement significative
entre l’histologie hépatique et les aspects morphologiques
hépatiques réalisés à l’échographie doppler et à la TDM (p=0,12 et
0.43 respectivement), ces aspects sont variables même au sein de
la même étiologie.
Il y a une relation statistiquement significative entre un aspect
histologique normal du foie et la non-fragmentation de l’échantillon
(p=0,04). Par contre, aucune relation n’est établie entre un
aspect histologique normal du foie ni avec le TT dans les deux
sexes (p=0.24) ni avec le BMI (p =0,69) dans la population de
l’étude. 57% des patients étudiés ont un BMI normal, ceci pouvant
expliquer l’absence de relation entre une histologie hépatique
normale et le BMI dans notre série.
L’impact du BMI sur la qualité du fragment hépatique n’a pas été
constaté dans notre série, (p non significatif quel que soit le BMI).
L’existence d’un tour de taille pathologique dans les deux sexes
dans notre série ne semble pas avoir une influence sur la qualité de
la biopsie hépatique. La différence est non significative dans les
deux sexes (hommes p=0,97, femmes p=0,49).
11. Quelle place attribuer à la PBH dans le diagnostic en Médecine Interne ?:
La PBH à visée diagnostique comparativement aux autres sites de ponction biopsie est significativement plus performante (p=0.000005) (Tableau 9). Elle est effectuée devant une atteinte multi systémique dans 69% des cas et devant une atteinte hépatique isolée dans 31% des cas.
La PBH à visée diagnostique a été réalisée dans tous les cas en
seconde intention après la non-contribution d’autres moyens non
invasifs et échec d’autres sites de ponction biopsie. Le Fibroscan
non accessible aurait été très utile en première intention pour la
sélection des patients candidats à une PBH.
La meilleure rentabilité de la PBH par rapport aux autres sites de
ponction biopsie pourrait s’expliquer par le fait que la PBH et sa
lecture ont été réalisées par les mêmes opérateurs qui sont de
surplus très compétents et que l’échoguidage a amélioré sa performance
diagnostique.
Discussion et commentaires
La place de la PBH dans la prise en charge d’un patient atteint d’une hépatopathie chronique a beaucoup
évolué ces dernières années.
Des tests non invasifs ont été validés réduisant de plus en plus les
indications de la PBH. D’énormes progrès ont été réalisés dans l’exploration du foie dans les domaines
biologiques, de la sérolo-gie et de l’immunologie mais aussi du fait du développement intensif au cours
de la dernière décennie de l’évaluation non invasive de la fibrose par des tests sanguins
(FibroTest®,
Fibro-Mètre…) et/ou par des méthodes physiques telles que l’élastomé-trie impulsionnelle (Fibroscan)
1.
La PBH reste cependant utile pour dépister des comorbidités et détecter certaines complications.Dans de
nombreuses indications, l’étude anatomopathologique d’un fragment de parenchyme hépatique obtenu par PBH
demeure un moyen d’exploration précieux et déterminant des maladies du foie ou de maladies générales
retentissant sur le foie.
Peu d’études nationales ou internationales dans le but d’apprécier l’apport diagnostic de la PBH transcutanée dans les services de médecine interne ont été réalisées.
1- Population de l’étude:
Historiquement, plusieurs séries portant sur plus de 6000 biopsies hépatiques ont été rapportées dans la littérature et ceci quelque soit le type d’aiguille utilisé 04,05,06,07,08,09 .
A travers la revue de la littérature, nous n’avons pas retrouvé de série de PBH rapportée au Maghreb en
dehors des étiologies virales et des hépatopathies chroniques de l’enfant 10 . En Algérie les résultats
de l’étude rétrospective uni centrique réalisée par le service de Médecine Interne de l’hôpital de Kouba
(Alger) portant sur une série de 72 PBH colligés sur une période de dix années soit de 2O02 à 2012 est
la première étude publiée émanant d’un service de Médecine interne 11
.
Depuis très peu de
communications portant sur le thème a vu le jour.
Notre étude prospective descriptive et
analytique qui
s’est dérou-lée dans le service de Médecine Interne de l’EPH Rouïba a concer-né 100 patients des deux
sexes chez qui l’indication d’une PBH a été posée est la seconde série réalisée dans un service de
médecine interne en Algérie.
2- Caractéristiques générales des patients
Dans la littérature, le sex ratio n’a pas été étudié dans toutes les séries rapportées, en dehors des
hépatopathies chroniques de l’enfant.
Le sexe ratio quand il est mentionné est variable d’une
étude à
l’autre, mais une prédominance masculine est cependant notée dans la majorité des cas.
Papa Souleymane
Touré 09 , Joly j p 12 , Perrault.J
13 et A.Bergere 05 , ont noté une
nette prédominance masculine.
Dans notre série, une prédominance féminine nette est notée (sexe ratio H/F est de 0,53); dans la série
algéroise de Kouba le sexe ratio est de 0.8, donc avec une égale fréquence dans les deux sexes. Les
résultats des deux séries algéroises différent sur le plan sexe de ceux rapportés dans la littérature
Dans la série de A.Bergere 05 , 243 PBH ont été faites chez des
patients des deux sexes d’âge
moyen similaire (130 hommes, âge moyen 63 ans ; 113 femmes, âge moyen 64 ans).
Dans la série Algéroise de Kouba portant sur 72 PBH 11 , la moyenne
d’âge des patients est de 42 ± 14,2
ans rejoignant la moyenne d’âge des patients de notre série (45,8 ± 13,27 avec une DNS
(p>0,05).
Les patients des deux séries algéroises sont jeunes comparative-ment à ceux mentionnés dans la
littérature 09-14-15 .
Le mode de recrutement des patients et la pathologie en cause pourrait expliquer cette différence.
Il y a quelques années, les moyens diagnostiques non invasifs n’étaient pas encore dévelop-pés et la PBH
était la seule alternative. De plus notre étude étant réalisée dans un service de médecine interne, le
mode de recrute-ment des patients (44% sont adressés par des internistes) et la grande fréquence des
maladies de systèmes et des maladies auto-immunes explique l’âge plus jeune de nos patients.
3- Les indications de la PBH
Les indications de la PBH se sont considérablement modifiées au cours de ces dernières années du fait du développement de tests non invasifs sensibles et spécifiques pour le diagnostic de plusieurs maladies chroniques du foie.
Dans les anciennes séries, les indications de la PBH étaient dominées par les hépatites virales,
l’alcoolisme et la pathologie tumorale 02-03-16 .
Dans la série de Morisod 17 , chez 390 patients,
l’alcoolisme (33%), l’hépatite (18%), des tests hépatiques anormaux (16%) et les tumeurs (10%) ont été
les quatre principales conditions dans lesquelles cette procédure a été réalisée.
Dans la série de M.Bengue 06 , sur 447 patients, la suspicion de cancer
primitif du foie était l’indication dans 72,7% des cas.
Dans la série de A.Bergere 05 , série de médecine interne, sur
300 PBH réalisées, les principales indications sont essentiellement l’existence d’une hépatomégalie,
d’un foie tumoral, et d’une cholestase anictérique.
L’indication de la PBH a été posée devant une EFH perturbée dans 69% des cas,
une imagerie hépatique pathologique dans 84%, et dans plus de la moitié des cas soit 55% une EFH
perturbée avec un foie pathologique à l’imagerie.
Dans notre série plusieurs diagnostics de présomption ont été soulevés : hépatopathies dysimmunitaires 34
cas (34%), sarcoïdose multi systémique 26 cas (26%), hépatopathie chronique ou cirrhose sans orientation
étiologique 13 cas (13%), Nash syndrome 10 cas (10%), tuberculose multi systémique 09 cas (09%),
néopla-sie infiltrant le foie 06 cas (06%), hépatite toxique 01 cas (01%), suspicion maladie de
surcharge 01 cas (01%), CSP 01 cas (01%).
Ce listing montre la diversité des étiologies et des
spécialités (médecine interne, gastroentérologie, infectiologie, cancérologie, diabétologie,…….)
expliquant l’intérêt porté à la PBH par de nombreux spécialistes.
La PBH initialement réservée aux
gastroentérologues s’est vue accaparée par d’autres spécialistes notamment les médecins internistes.
Ce fait est bien illustré et rapporté dans la littérature par de
nombreuses études qui ont bien démontré que les résultats de la
PBH étaient étroitement corrélés à l’expérience de l’opérateur
quelque soit sa spécialité 18 .
Les indications dans notre série étaient dominées par les hépatopathies
chroniques avec ou sans orientation étiologique suivi par
la sarcoïdose multi systémique.
Nos données ne peuvent être comparées à celles de la littérature,
les séries retrouvées sont historiques et l’indication de la PBH a
été réservée essentiellement aux hépatites chroniques virales, et
les pathologies tumorales du foie.
Le développement des moyens non invasifs a réduit considérablement
les indications de la PBH, et de ce fait peu de séries de PBH
sont rapportées.
La diversité des maladies pouvant affecter le foie dans un service de médecine interne confère à la PBH un caractère diagnostique particulier. La PBH joue un rôle principal dans un grand nombre de maladies à répercussion hépatique traitées dans les services de médecine interne où le diagnostic histologique est souvent nécessaire pour un traitement approprié.
Intérêt du repérage échographique
Chez tous nos patients la biopsie hépatique transpariétale est réalisée après repérage échographique. L’analyse des données de la littérature montre que le risque de complications est significativement moindre lorsque la PBH est effectuée après repérage échographique ou avec guidage 19,20 . Cette notion est vérifiée par de nombreuses études
L’intérêt du repérage systématique avait déjà été démontré par Caturelli et al 21 en 1996 qui ont rapporté l’expérience d’une équipe ayant changé sa pratique de la biopsie hépatique en comparant deux populations de 753 et 702 patients ayant eu une PBH respectivement avec repérage et sans repérage échographique. Le taux de complications était inférieur chez les malades ayant bénéficié d’une PBH avec repérage échographique (0,53 % vs 2,1 % ; p = 0,007). Les complications hémorragiques et les perforations d’organes étaient également moins fréquentes après repérage échographique que sans repérage échographique (1/753 vs 12/702). Une étude prospective non randomisée a montré que les biopsies échoguidées entraînaient significativement moins de douleurs que les biopsies sans repérage par imagerie (36,4 % vs 47,3 %).
Un autre intérêt de la ponction biopsie hépatique avec repérage échographique est démontré par Riley qui a montré que l’échographie modifiait le site de ponction dans 15 % des cas 22 , permettant ainsi d’éviter les ponctions biopsies des organes de voisinage ou des gros vaisseaux minimisant significativement les complications de la ponction biopsie hépatique. Nos résultats rejoignent les données de la littérature, le changement du site de ponction a été réalisé dans 10% des cas dans notre série.
Toutes les données de la littérature qui traitent de ce sujet
confortent la donne à l’exception de deux enquêtes nationales
rétrospectives non contrôlées au Royaume-Uni et en Suisse 23,24.
De plus le repérage échographique de la zone de ponction permet
une anesthésie locale de la totalité du trajet de ponction, y compris
de la capsule hépatique qui est la structure anatomique susceptible
de générer la douleur la plus intense au cours de la PBH.
Il a été également démontré par Lindor et al 25 chez des malades
qui ont bénéficié d’une PBH en ambulatoire, que la nécessité d’une
hospitalisation en post PBH était moins fréquente dans le groupe
ayant eu une échographie de repérage en comparaison avec un
groupe témoin ayant eu une biopsie sans repérage (0,5 % vs 2,2 %
; P < 0,05).
Lindor et al 25 ont montré que la fréquence des complications
n'était pas différente selon le type d'aiguille, en revanche cette
fréquence était significativement plus faible en cas de repérage
échographique.
A ce jour toutes les recommandations exigent la réalisation de la
PBH après repérage échographique 18 .
5- Qualité du prélèvement biopsique:
La qualité des prélèvements
biopsiques dépend à la fois du type d’aiguille utilisée et de
son calibre, de la pathologie hépatique mais également de l‘expérience
de l’opérateur et de celle de l’anatomo-pathologiste.
Selon plusieurs études, la taille du prélèvement et le nombre
d’espaces portes sont des critères de qualité d’un prélèvement
hépatique par voie transpariétale 26-27-28-29 .
La taille des prélèvements obtenus chez nos patients au premier
passage variait entre 7mm et 65 mm avec une moyenne de 25,7 mm
et un écart type de 12,1 mm toutes étiologies confondues.
La taille d'une biopsie hépatique satisfaisante est diversement
appréciée par les pathologistes, et varie avec le type d'anomalie
recherchée.
Des pathologistes français ont récemment estimé qu'il fallait
obtenir une biopsie d'une longueur de 10mm au minimum, ceci
concorde avec nos résultats où presque la totalité des cas (93%) la
taille biopsique dépasse 10 mm.
Dans le cas des hépatopathies chroniques et chez les malades
transplantés, 6 à 8 espaces portes sont souhaités. Le nombre
d’espaces portes moyen de notre série est de 14 EP, avec des
extrêmes de 2 à 40 EP.
Nous répondons pleinement aux recommandations en matière de
taille du prélèvement et du nombre d’espaces portes 29-30-31-32-18 .
L’aiguille utilisée dans notre travail pour l’ensemble de nos
patients répond aux recommandations (Hepafix 16 gauge).
La fragmentation dépend de la structure du foie biopsié et du type
d’aiguille utilisée. En cas de suspicion de cirrhose, les aiguilles
coupantes sont préférées dans la majorité des études aux aiguilles
à aspiration qui favorisent la fragmentation au niveau des bandes
fibreuses.
Il n’a pas été tenu compte du stade de l’hépatopathie ni de l’orientation
étiologique pour le choix de l’aiguille dans notre série. Dans
la littérature, en cas de fragmentation, il a été proposé d’exiger une
longueur totale minimale de 10 mm pour une biopsie constituée
de 1 à 3 fragments . Dans notre série la longueur moyenne est de
26,35 mm avec des extrêmes de 9 à 65mm pour une biopsie constituée
de 1 à 3 fragments. Pour une biopsie constituée de 4
fragments une longueur minimale de 1,5 cm est exigée ; dans notre
série, la longueur moyenne est de 25 mm avec des extrêmes de 7 à
50 mm, dans ce dernier cas 29-30-31-32-18 .
Les échantillons prélevés dans notre série même en cas de
fragmentation sont de qualité meilleure que celle mentionnée
dans la littérature (Figure 3).
Nous répondons pleinement aux recommandations en matière de
taille du prélèvement et du nombre d’espaces portes qui sont
conformes à ceux de la littérature.
L’ensemble de nos prélèvements biopsiques sont de bonne qualité
et interprétables.
6- Complications de la PBH:
Il n’a pas été mentionné de complications
majeures dans notre série. Les complications sont
minimes à type de douleurs abdominales estimés à 13% des cas
cédant sous antalgiques habituels.
De nombreuses études dans la littérature, traitent des complications
inhérentes à la réalisation des PBH.
Dans la série de A Bergere 05 , sur 300 patients, l’ensemble des
complications observées sont : douleur
(2%), pneumothorax suffocant (0,3%), malaise avec réaction fébrile (1%), et ponction organe de voisinage
(1,7%)
Dans la série de Gilmore 23 la douleur après PBH se situait entre 20 et
30%.
Dans la série de Sherlock et al 33 , portant sur 6379 PBH, le taux
d’accidents est de 0,6%, et le taux
de mortalité de
0,03%.
Dans la série de Papa Souleymane Touré et al 09 , sur 70 patients, des
complications étaient
survenues chez 15 patients, soit 21.43%. Il s’agissait de 14 cas de douleur soit 20%, ce qui correspond
aux données de notre étude, et d'un cas de malaise vagal soit 1.43%. Aucun cas d'hémorragie ou de
ponction accidentelle d'un organe voisin n'a été observé dans cette étude. Aucun cas de malaise vagal
n’a été constaté dans notre série.
L’absence de complication majeure dans notre série s’explique d’une
part par l’absence de troubles sévères de la coagulation, et d’autre part par le repérage échographique
systématique. Il est actuellement démontré que l’échoguidage diminue le risque de complication grave.
Une enquête française récente a montré que 53 % des PBH transpariétales réalisées pour une hépatopathie
diffuse étaient effectuées avec un repérage ou guidage échographique.
Le recours à un seul passage dans presque tous les cas explique également l’absence de complications majeures notamment hémorragiques.
L’étude prospective de Cadranel et al 34 avait montré que le pourcentage
de complications, en incluant
les douleurs, était de 4 % avec un passage biopsique ; ce taux était multiplié par 2,5 en cas de 2 ou 3
passages, et par 3,3 avec 4 passages biopsiques ou plus.
Une vaste étude de 9212 biopsies du foie a
montré que le risque hémorragique n’est pas seulement augmenté avec le nombre de passages effectué, mais
il est également lié de manière significa-tive à l'âge du patient et la présence d’une pathologie
maligne 35 . Ce dernier point n’a pas été démontré dans notre série
bien que 18% de notre population
avait un âge égal ou supérieur à 60 ans, mais l’ensemble des PBH était réalisé sur des foies non
tumoraux en dehors d’un seul cas (infiltration hépatique lymphomateuse).Il est actuellement bien
démontré que le repérage échographique diminuait le nombre de passages 36-37 . De plus, la
possibilité
de changer le site de ponction pourrait expliquer en partie l’absence de complications majeures.
7- Rentabilité de la PBH:
Dans notre série toutes les PBH pratiquées sont jugées interprétables et la rentabilité est de 100 %.Dans la série de Kouba la rentabilité est de 97% 11 ; dans la série publiée de Souleyman toure 09 , la rentabilité était de 94,29%.
8- Apport diagnostic de la PBH:
L’apport diagnostique de la PBH est variable selon les séries ; A.Berger a rapporté un taux global de
76,2% 05 , Papa souleymane toure un taux de 92,43% 09 , et M.Bengue un taux de 75,2% 06
.
Dans notre
série, le diagnostic suspecté cliniquement a été confir-mé dans 71 % des cas (n=71) par la biopsie
hépatique (Tableau 10), ce taux est voisin de celui retrouvé dans la littérature 05-09-38 et modifié par
l’étude anatomo-pathologique dans 29% des cas (n=29).
La PBH réalisée en seconde intention devant la
non-contribution d’autres moyens diagnostiques non invasifs demeure très utile pour la confirmation
diagnostique même en présence d’une forte suspicion clinique.
Dans la présente étude, la PBH a parfois même révélé d’autres lésions hépatiques associées, ou bien des
diagnostics supplémen-taires imposant des changements dans la gestion des patients. Il s’agit presque
dans tous les cas d’une stéatose hépatique associée retrouvée chez 24% des patients à des taux plus ou
moins signifi-catifs (5 à supérieur à 70%) (Figure 5).
Cette stéatose est associée à de nombreuses
pathologies dont : sarcoïdose (03 cas), CBP (04 cas), HAI (04 cas), hépatopathie chronique d’étiologie
indétermi-née (08 cas), foie normal (05 cas).
La biopsie du foie reste un outil de diagnostic utile non seulement pour la stadification histologique,
mais également à des fins de diagnostic étiologique.
L’étude anatomopathologique d’un fragment de parenchyme hépatique obtenu par
ponction-biopsie hépatique (PBH) demeure un moyen d’exploration précieux et déterminant des maladies du
foie ou de maladies générales retentissant sur le foie.
9- Diagnostic histologique:
Les résultats histologiques de la PBH sont très variables entre les séries.
Dans la série de A.Berger 05 , sur 300 PBH, le diagnostic histolo-gique
a pu être retenu dans 212 cas (71%), en faveur d’une origine
alcoolique (103), hépatites (60), hémopathies (15), pathologies hépatobiliaires (15), cancers (10),
divers diagnostics (09).
Dans la série de M.Bengue 06 , sur 423 PBH, le diagnostic histolo-gique
obtenu
consistait en une tumeur maligne primaire dans 235 cas (58,2%), une cirrhose dans 26 cas (6,4%), une
hépatite chronique dans 32 cas (7,9%) et un tissu normal dans 56 cas (13,9%).
Dans notre série différents diagnostiques histologiques sont observés : lésion granulomateuse (31%)(Figure 4), hépatopathies
chroniques dysimmunitaires (19%), hépatopathies chroniques d’étiologie indéterminée (16%), Nash syndrome
(14%), stéatose hépatique (02%), maladie de surcharge (02%), CSP (01%), néoplasie
infiltrant le foie (01%), foie normal (14%).
Nos résultats se superposent uniquement par rapport à la série de
Bengue sur l’aspect normal du foie (14% des cas vs 13,9%).
Sur la base de ces résultats, la biopsie du foie reste une procédure
de diagnostic indispensable dans le domaine de l'hépatologie, car
elle peut entraîner une modification du diagnostic du clinicien.
La PBH à visée diagnostique comparativement aux autres sites de
ponction biopsie est significativement plus performante
(p=0.000005). Ce dernier constat nous amène à nous interroger
sur la place à attribuer à la PBH dans le diagnostic en Médecine Interne.
Conclusion
La PBH est de pratique sure, avec un respect des contres indications
et une bonne maitrise de la technique. Son acceptabilité a été
bonne dans notre pratique et sa rentabilité diagnostique
excellente. Elle devrait être beaucoup plus vulgarisée dans notre
pays comme alternative aux moyens d'explorations non invasives
qui demeurent peu disponibles et peu accessibles bien que très
utiles en première intention pour la sélection des patients candidats
à une PBH.
La PBH est actuellement l'examen de référence pour diagnostiquer
la cause et préciser le traitement et le pronostic de
nombreuses maladies du foie ou de maladies générales retentissant
sur le foie dans un service de médecine interne.
La PBH est très performante dans le diagnostic des hépatopathies
dysimmunitaires, et très utile dans les granulomatoses telle que la
sarcoïdose systémique.
La PBH reste un examen invasif et nécessite une information du
patient et une évaluation du rapport bénéfice / risque.
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